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Alt. 2800

15/09/2016

Début août, je suis parti en « vacances » avec Benjamin, un ami, dans les Pyrénées. Son père nous a prêté un guide de randonnées et on a choisi un itinéraire de 3 jours dans le Parc de Néouvielle : « La symphonie des lacs ». Un nom bien poétique pour une randonnée assez violente : 2800m de montée et 2800m de descente, le tout prévu en 16h40 de marche. Bien sûr nous sommes partis sans aucune préparation physique, et du jour au lendemain. Comme à notre habitude.

Le dimanche soir on prépare nos sacs. Je pense y amener mon Canon 5d mark II avec son 17-40L et le 50mm 1,4 ainsi qu’un trépied. Au final je n’emporterai que le boitier et le zoom pour des soucis de poids. Le lundi matin après avoir fait des quelques courses nous partons direction le point de départ : le lac d’Orédon (Alt. 1856m)

 

Après 6h de route, nous sommes arrivés au point de départ de notre randonnée de 3 jours. Le lac d’Orédon possède une aire de bivouac sur laquelle nous campons avec quelques autres personnes. Il est seulement possible de planter la tente une fois 18h passée. Pour le premier soir on se familiarise avec les tentes et on déguste notre dernier bon repas : un aligot. On discute un peu avec notre voisin qui nous raconte que ça fait maintenant 2 mois qu’il vadrouille à travers les pyrénées avec quelques checkpoints où sa femme le ravitaille en nourriture. La solitude de son séjour le désinhibe et on voit qu’il cherche quelqu’un à qui parler.

Finalement on se couche face à un voile blanc, et entouré de l’humidité rampante dans la vallée.

Au petit matin après avoir mangé quelques barres de céréales et une compote, on décampe rapidement et on prend la route des lacs. Après avoir fait 200m de dénivelés positifs on passe dans une petite forêt entourée de petits lacs appelés laquettes. On atteint rapidement le lac d’Aubert (Alt.2148m), où on assiste à la maintenance du barrage à l’aide d’un hélicoptère.

C’est ensuite que les choses se compliquent. Le sentier disparaît et on doit désormais suivre les sentiers cairnés. En très peu de temps, nous sommes dans des vastes zones chaotiques remplies de rochers sans aucune végétation. Depuis le lac d’Aubert on monte 600m d’altitude à travers ces champs de roches et névés pour atteindre la brèche de Chausenque (Alt.2800m). On a fini les montées pour la journée avec 1000m de dénivelé positif.

Le temps se couvre une fois arrivé à la brèche. On se pose le temps de manger un casse croûte. Pain, fromage, saucisson. Au cours de notre repas, un voile blanc nous empêche de voir vers où nous devons nous diriger. On part à l’aveuglette dans une descente abrupte en suivant les inscriptions faites sur les rochers. La descente abrupte passée, on arrive dans ce que le père de Benjamin appelle une « zone paumatoire ». Une étendue sans fin remplie d’immenses rochers. Après des heures de marche pénible, on retrouve notre chemin, sans vraiment savoir si on est passés par le bon endroit. Et enfin, après 10h de marche, malgré les 5h annoncées par le guide, nous arrivons au refuge de la Glère (Alt. 2100m) au côté du lac du même nom.

Bien sûr, vu que nous étions partis non préparés, nous n’avons pas prévu de liquide pour toute dépense imprévue. Ce qui aurait pu être pratique pour dormir sur un matelas au chaud. A l’accueil du refuge, la maîtresse des lieux désoeuvrée ne peut accepter nos cartes de crédit. Alors on part bivouaquer un peu plus bas au bord du lac, sous les yeux d’une famille de randonneurs profitant d’un apéritif sur la terrasse du refuge.

Exténués par la journée de 10h de marche, on prépare de la purée sans lait après que nous ayons plantés les tentes. Un repas chaud qui nous permet de supporter l’humidité et le froid. Courageux, Benjamin prépare un thé afin de clôturer ce repas. Une boisson chaude que l’on sirote face au refuge qui semble nous narguer. On prépare ensuite la journée du lendemain sous le tarp de Benjamin en dégustant une compote, et en fumant une cigarette bien méritée. Après quoi on va se coucher chacun dans nos tentes respectives pour une nuit de repos, face au même voile blanc que la veille.

Je me réveille à côté d’une flaque d’eau causé par l’humidité qui a pénétrée dans ma tente. Pour le 3ème jour 4h30 de marche nous attendent, pour monter 800m et en descendre 900. On prend un sentier brumeux pour arriver au lac de Mounicot (Alt. 2230m) que l’on contourne par la rive Nord-Est et direction Sud-Est pour arriver à notre premier point culminant de la journée : l’Hourquette de Mounicot (Alt. 2547m). On trouve enfin une vue dégagée et le moral est au plus haut grâce à nos retrouvailles avec le soleil.

Ensuite on descend le versant Est, en se dirigeant vers le lac que l’on aperçoit un peu plus bas car il n’y a pas de sentiers. On arrive enfin sur un sentier qui nous permet de traverser la vallée entre deux lacs pour arriver enfin au lac Blanc (Alt. 2117m). Au bord de l’étendue d’eau, on fait notre pique nique du midi. Pain, fromage, saucisson.

Après le repas, on reprend la marche sous le soleil direction le col de Tracens (Alt. 2463m). Une fois là  haut, on profite de la vue en sirotant une autre pompote, et en se roulant une petite cigarette. Une mauvaise habitude qui nous coûte notre souffle dans chacune des montées, et qui les rendent épuisantes. On rejoint ensuite le col de Madamète un peu plus haut, notre deuxième point culminant de la journée (Alt. 2509m). Là haut on croise la famille qui faisait l’apéritif au refuge de la Glère la veille. Ils nous demandent si la nuit a pas été trop difficile, et on partage nos itinéraires respectifs.

A partir de là le sentier en descente est bien tracé, et on passe au milieu de plusieurs très beaux lacs de montagnes. On croise quelques randonneurs, et certains qui bivouaquent commencent à préparer leurs camps, et collecter du bois pour le feu. Après 8h de marche, malgré les 4h30 prévues, nous arrivons enfin à la cabane d’Aygues Cluses (Alt. 2150m) auprès du lac du même nom.

La cabane est une petite maison de pierre qui peut accueillir 6 personnes. On ne peut pas dormir dedans car malheureusement la devise c’est « premier arrivé, premier servi. », et des gens sont déjà installés. Alors on plante le campement rapidement au bord du lac, et au milieu des vaches. Il y a beaucoup de vent, Benjamin et moi avons très froids. J’engloutis une boite de thon en attendant que le riz soit cuit. Chose qui n’arrivera jamais en raison de notre manque d’eau et de l’altitude. Avec un peu de concentré de tomates, on mange le riz sans appétit.

Comme la veille, on prépare le trajet du lendemain dans le tarp de Benjamin en sirotant une pompote. Cette fois ci par contre, je tremble comme une feuille à cause du froid. Épuisés par les deux jours précédents, on décide de choisir un chemin plus court qu’indiquer par le guide. Celui-ci nous indique un itinéraire de 6h40 de marche, et jusque là on a toujours doublé ce temps indiqué … On fume une dernière cigarette dans nos duvets sous le tarp. Et puis chacun se couche dans sa tente, alors que le temps s’est couvert, et la brume a engloutie la vallée.

Ce jour là, je me réveille avec la bâche de ma tente gelée. Il a fait froid. Pour le dernier jour, au vu de mes calculs, on devrait avoir 8h de marche, 950m de montée et 1230m de descente pour retourner à notre point de départ. Après un arrêt pour se réapprovisionner en eau à la source, on commence donc par prendre un sentier pour monter à notre premier sommet de la journée : le col de Barèges (Alt. 2469m) que l’on atteint assez rapidement. Ensuite on continue sur ce même sentier la descente en direction du lac de Gourguet un peu plus bas (Alt. 2218m) que l’on contourne par la droite. On croise là  bas quelques pêcheurs bien matinaux. Des locaux nous racontent qu’à cause du réchauffement climatique, des algues apparaissent dans les lacs un peu plus bas. C’est pourquoi ils doivent monter si haut. Ensuite un peu plus loin, on arrive au laquet de Coste-Queillere (Alt. 2100m) où il y a une petite cabane. On est bien content de pas devoir passer une nuit dedans. Elle est faite de tôle rouillée, et dispose de deux couchages rudimentaires. Ensuite on traverse la Sapinière de Bastanet pendant quelques heures et on arrive au plus bas à l’immense lac de l’Oule (Alt. 1829). Arrivé là bas, on croise énormément de gens par rapport aux journées solitaires que l’on a passées précédemment. On profite du bord du lac pour faire notre casse croûte du midi. Pain, fromage, saucisson. La vue est superbe comme tout au long de notre périple, malgré une météo parfois capricieuse.

Dernier sommet de la journée : le col de l’Estoudou (Alt. 2260m). Qui n’est pas doux du tout. Benjamin et moi commençons l’ascension chacun à notre rythme pour éviter de perdre du temps. Il part en tête, et me laisse rapidement seul. Je gère très mal mon effort, et je suis forcé de faire de nombreuses pauses. Je me trompe de sentier, et me retrouve perdu dans un champ de petites pierres. Je rebrousse chemin pour reprendre le bon chemin. 30 min d’efforts inutiles. Une fois arrivé en haut, enfin ! Je trouve Benjamin affalé clope au bec en train de m’attendre. On fait une pause clope, et on profite de la vue qui donne sur le barrage du lac d’Aubert, proche de notre point de départ.

Il nous reste plus qu’à descendre à travers la forêt jusqu’au commencement de notre périple le lac d’Orédon (Alt. 1856m). On croise un groupe de locaux qui sont curieux de nous voir avec nos gros sacs de plus de 10kg. On leur explique notre randonnée, et un d’eux nous dit « Hola ! Ils marchent les jeunes là ! ». Ce qui nous fait bien rire, vu notre piètre condition physique.

Heureux de voir enfin le point d’arrivée, on court comme des fous en pleine descente dans les bois, les sacs virevoltent à chaque foulée ! La fatigue et les courbatures sont parties, la joie ayant pris le dessus.

On retrouve la voiture, on se lave et on se change. Quel plaisir d’enlever enfin ces chaussures de marche ! Ensuite nous partons directement au bar de l’auberge du lac pour célébrer nos 3 jours de randonnées autour d’une bière bien fraîche. Pour la dernière nuit, on refuse de planter la tente et on dort dans la voiture au sec.

C’était une belle randonnée, au cours de laquelle on a pu admirer de nombreux paysages magnifiques. Même si le moral a souvent été au plus bas à cause de la météo, cela valait le coup. Je pense que le seul regret que j’ai, c’est de n’avoir pas assez filmé ou photographié. Les journées étaient bien trop remplies pour pouvoir le faire correctement, il fallait rentrer avant la tombée de la nuit. Le sac était déjà bien trop lourd, du coup j’ai dû limiter le matériel que j’ai emporté. La prochaine fois je ferais l’effort de le transporter en limitant les vêtements, et j’investirai dans un trépied bien plus léger. Et puis j’étais en vacances, faut aussi savoir décrocher un peu. Au final c’était un véritable challenge comme on les aime, car à chaque fois on en ressort plus confiant. Après avoir passé 3 jours à marcher en moyenne 8h par jour en mangeant et dormant peu dans des conditions difficiles, on se sent capable de beaucoup. C’est un véritable boost pour se motiver et croire de nouveau en soi, et ça fait du bien.