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Alt. 3015

04/06/2019

Début Août 2018, je suis reparti en randonnée avec Benjamin, cette fois-ci dans les Alpes. Après le « traumatisme » des 9h de marche quotidienne des Pyrénées, je choisis un itinéraire plus simple. Nous partons donc faire le tour du glacier du Parc de la Vanoise sur le GR55. Une randonnée de 4 jours (le circuit court) de 2570 mètres de dénivelés positif et négatif prévu en 24h30 de marche. Une journée de plus pour 300m de dénivelés en moins mais 8h de marche de plus que la fois précédente. Cette année je m’étais remis à courir donc j’étais un peu plus en forme pour aborder cette randonnée. Le samedi 4 Août nous préparons nos sacs et je décide de partir léger seulement avec mon Pentax P50 (un argentique 24x36mm) et son 28mm. Dimanche matin après avoir fait quelques courses nous partons pour 4h30 de route direction le point de départ de la randonnée à Pralognan-la-Vanoise (1208m d’altitude). Arrivés sur place nous plantons nos tentes respectives au camping, et faisons un tour du village. Les conditions ne sont pas favorables à notre randonnée, et l’office du tourisme nous conseille de commencer tôt nos journées pour éviter les orages de l’après-midi. Comme nous avons un peu de temps à tuer on sirote quelques bières sous la pluie torrentielle.

 

Dimanche 5 Août, c’est parti pour la journée la plus courte de cette escapade de 4 jours. 4h de marche pour monter 1000 mètre de dénivelés. Nous partons à 8h le matin après avoir englouti notre petit déjeuner et plier les tentes. On traverse quelques hameaux d’habitations pour nous retrouver sur un chemin tout tracé. Suite aux orages de la veille le pont que nous devons emprunter pour traverser une rivière s’est écroulé. Du coup on remonte un peu plus haut pour la traverser. Sauf que l’on se perd. Et d’ailleurs nous ne sommes pas les seuls. De nombreux randonneurs se trouvent perdus entre deux bras de rivières. Après une demi-heure à essayer de trouver notre chemin, on redescend plus bas et on trouve un passage pour franchir la rivière tant bien que mal. Le début est compliqué … Bref on continue de marcher à travers les bois pour attaquer la véritable pente. On traverse un beau lac de montagne à l’eau cristalline que l’on franchit sur des pierres qui tracent un chemin en son milieu. On profite du cadre pour faire une courte pause sur les rochers environnants l’étendu d’eau. J’ai un peu perdu l’habitude des chaussures de marche et mes pieds me font mal. Je crois que la coque pare pierre est un peu enfoncée, elles me paraissent plus petites qu’auparavant. On repart de bon train pour finalement rejoindre le refuge du col de la Vanoise à 2517m d’altitude. Au refuge on déjeune sur des tables de pique-nique installée sur la terrasse de bois du bâtiment. En posant mon sac sur la table pour récupérer la nourriture, je m’en rends compte qu’il me manque quelque chose qui était attaché … ma tente. Enfin la tente que le père de Benjamin m’a prêté. Je n’ai plus de tente, c’est le premier jour de 4 jours de randonnée. Elle a dû glisser de mon sac lorsqu’on a fait une pause sur les rochers 700m d’altitude plus bas … Je demande à tous les randonneurs dans le coin si ils ne l’ont pas récupéré au plus grand hasard. Sans succès. Benjamin et moi sommes partagés. J’hésite à descendre partir à sa recherche, mais peut-être que quelqu’un l’a trouvée … On en parle au refuge si jamais un randonneur leur apporte. Je descends en courant un peu, demandant aux gens s’ils l’ont trouvée. Toujours sans succès. Je suis en colère contre moi même de l’avoir perdu si bêtement. On abandonne. Comme à notre habitude en randonnée, le midi c’est pain, fromage, saucisson. Il est 14h et notre journée de marche est terminée malgré les péripéties. On s’ennuie un peu pour être franc. Benjamin et moi hésitons à continuer un peu plus le chemin, mais ce n’est pas si simple. Vu que nous sommes dans un parc national, on ne peut pas bivouaquer n’importe où. Et la prochaine aire de bivouac est à 6h de marche … Bref on passe le temps en sirotant quelques bières. On fait la rencontre d’un alpiniste italien qui nous parle du coin, de ses ascensions en Amérique Latine. Il nous demande si on va faire l’ascension de la Grande Casse (point culminant de la Savoie), ce qui n’est pas dans nos plans et dans nos cordes d’ailleurs. Il randonne avec sa fille de 10 ans. Il est interdit de bivouaquer où l’on est et nous sommes forcés de prendre une nuit au refuge. Notre ami Italien lui a une combine, il espère qu’il y est de l’orage. Et dans ce cas-là on ne pourra pas lui refuser le droit de planter sa tente pour se mettre à l’abri. La météo lui donne raison. Interdit de bivouaquer, et il n’y a pas de salle commune pour se faire à manger. C’est un peu dommage de débourser de l’argent alors que nous avons de quoi être autonome. Au menu du soir soupe en entrée et spaghettis bolognaise que l’on partage avec une grande tablée. On n’était pas venus pour ça, mais l’ambiance est sympa. Par contre on se croit plus dans un hôtel de montagne qu’un refuge à proprement parler. Une cigarette en crocs sous la pluie et nous allons nous coucher dans un dortoir rempli. Déjà quelques randonneurs exténués ronflent à pleine narines. Je mets des boules quies. Ça ne suffit pas à étouffer le bruit d’une famille d’un père et deux fils qui se disputent car l’ainé joue au téléphone. Le père sermonne son fils en chuchotant très fort, ce qui est pire que de parler à voix haute. Le cirque dure une demi-heure. Je m’endors difficilement.

Le lendemain, sans s’être mis d’accord mon compère et moi nous réveillons très tôt avant le lever du soleil. Pas vraiment eu besoin de parler, on veut partir de là. On file rapidement mettre nos chaussures et nous voilà de retour sur le chemin. Le jour se lève doucement, et la lumière est douce et froide. Le soleil commence à réchauffer les pics environnants. Sur notre chemin au petit matin on longe le lac Rond et le lac du col de la Vanoise. Ravis d’être à nouveau seuls au milieu des montagnes, on fait une pause pour petit déjeuner. Compote et barres de céréales. Six heures de marche sont prévues par le topo pour la journée. Peu de kilomètres et de dénivelé positif. Seulement le chemin ne cesse de monter puis de descendre. L’itinéraire est plus agréable car bien plus sauvage que la veille. Il y a beaucoup moins de randonneurs sur le GR, la ville la plus proche étant à une journée de marche les marcheurs d’une journée ne sont plus là. Le parc de la Vanoise est réputé pour sa faune et sa flore abondante. Ce jour-là sur notre chemin on croise marmottes, bouquetins, et moutons. Malgré la chaleur de l’été, quelques névés subsistent. La randonnée est vraiment facile et agréable. Presque trop comparé à notre expérience passée dans les Pyrénées. Le fait d’avoir un chemin tout tracé permet d’avaler les kilomètres sans perdre de temps. Pour les six heures prévues, nous en feront quatre et demie. Ce qui chamboule un peu nos plans de la journée. Il est 11h30 et nous sommes déjà arrivés au refuge de l’Arpont (2309m d’altitude).
Comme la veille on hésite à pousser jusqu’au prochain refuge, et comme la veille on se ravise car des orages sont annoncés dans l’après-midi et celui-ci se trouve à sept heures de marche selon le topo. Le refuge de l’Arpont a été refait à neuf il y a peu de temps. Ça fait un drôle d’effet, la terrasse en bois est gigantesque et l’intérieur reluisant. Des chambres individuelles, cappucinos, bières pressions sont disponibles. Ce n’est pas vraiment l’idée que je me fais d’un refuge encore une fois. On mange notre déjeuner habituel : pain, fromage, saucisson. Puis sieste sur terrasse en bois. Pas de rencontres particulières à ce refuge-là, seulement le père et les deux fils de la nuit dernière qui arrivent. Ils doivent faire le même tour que nous. Pour bivouaquer il faut se délester de deux euros par personnes et camper sur un terrain en devers. Les tentes doivent être montées après 18h et démontées avant 8h. Au refuge, un espace commun est mis à disposition, cependant il faut avoir mangé avant 20h pour ne pas déranger le service du soir. On mange notre soupe entassé les uns sur les autres dans un coin. Bon bref on comprend que nous sommes de trop. Fini les refuges, place aux hôtels de montagne. Je n’ai plus de tente, alors Benjamin et moi partageons son tipi. On est un peu à l’étroit avec les sacs à dos entre nous. Il pleut depuis 16h, et à 21h c’est la tempête. Le tonnerre fait trembler le sol, et le tipi m’inquiète. A cause du terrain en devers, et la tente de travers, on glisse de nos matelas en dehors de la tente. Benjamin a les pieds qui dépassent de la tente. Je me prépare mentalement à l’éventualité où le tarp s’effondrerait, mais ce moment n’arrive pas. J’ai froid.

Toujours sans s’être mis d’accord, Benjamin et moi nous réveillons avant le lever du soleil. Il faut partir. Il y en a marre de mal dormir, autant partir. On enfile nos chaussures, on plie la tente trempée et on file. C’est le troisième jour de marche, beaucoup de kilomètres sont prévus et toujours peu de dénivelés. On monte de 500m pour en descendre de 600 durant à peu près 7h sans pauses d’après le guide. A peu près comme la veille, pas de cols, pas de pics, pas de brèches.  Le GR est une vraie autoroute, pas moyen de se perdre. On prend la descente soutenue vers le Sud. A l’intersection on remonte vers la Combe de l’Enfer pour suivre le sentier balcon sur le flanc de la Dent Parachée et enfin rejoindre les alpages de Plan d’Amont qui surplombe les deux barrages d’Aussois. Le paysage défile doucement au fil du sentier roulant. Au Plan d’Amont beaucoup de randonneurs à la journée, remontées mécaniques et chemins balisés. On s’arrête au premier refuge pour déjeuner : pain, fromage, saucisson. Il est midi, on a fini notre journée de marche, encore. On pousse un peu jusqu’au dernier refuge dans le Fond d’Aussois.

On a fait six heures de marche pauses incluses au lieu de sept sans repos indiquées par le topo. Le refuge du Fond d’Aussois est tenu par un ancien guide Sherpa au Népal, il a fait 2 fois l’Everest. On retrouve de nouveau la famille du père et de ses deux fistons. On discute un peu de notre journée. Il peste contre ses enfants toutes les deux minutes. L’aire de bivouac est gratuite et la salle commune est véritablement commune. On est bien mieux accueilli que la veille même si on est loin de la cabane de berger des Pyrénées. On sirote quelques bières l’après-midi, et la pluie fait de nouveau son apparition vers 16h. Au menu ce soir, purée avec de la poudre de lait trouvée dans la cuisine et assaisonnés par le surplus de la préparation d’ail et oignons d’une famille. Un vrai festin. On plante le tarp sur un terrain plat entouré de tentes igloos. Une cigarette et au lit. Pas besoin de lire le guide pour préparer la journée du lendemain, le chemin est tout tracé.

Dernier jour de la randonnée, le plus long. 7h30 de marche prévues. On se lève aux aurores pour attaquer directement une montée de 715m de dénivelés. J’ai le souffle court, j’avance à grand pas. Benjamin et moi nous sommes mis d’accord pour se retrouver au col de l’Observatoire. Une fois traversé les rochers ruisselants de cette belle montée, le col nous offre une belle vue sur la vallée de Pralognan. On pousse le plaisir jusqu’à la pointe de l’Observatoire (3015m) point culminant de notre itinérance. Il y a un vent à décorner les bœufs comme dirait Benjamin. On fait notre petit déjeuner entre deux rochers pour s’abriter. C’est agréable de passer un col, changer de perspective et d’horizon. C’est ce qu’il nous a manqué les jours précédents. Tant pis, la partie la moins drôle commence. 1500m de dénivelés négatifs jusqu’à rejoindre Pralognan-la-Vanoise notre point de départ. A chaque pas mon gros orteil gauche tape sur le pare pierre enfoncé de ma chaussure. J’ai très mal, comme un bleu sur lequel on tape sans cesse. Benjamin file entre les cailloux à toute vitesse, pressé de rentrer. La majorité de la descente terminée, on s’arrête sur le bord du GR pour notre dernier déjeuner : pain, fromage, saucisson. Il reste à peu près deux heures de marche pour arriver à la voiture et il pleut à torrent. La dernière heure il faut marcher sur la route, les pieds chauffent. Après une journée de 7h de marche nous voilà enfin arrivé au camping où la voiture nous attend. On prend une douche, on se change. C’est fini. Pour fêter la fin de ce périple on part boire quelques pintes de bière bien fraiches, sous la pluie, comme à notre habitude.

 

Cette randonnée fut bien moins aventureuse que la précédente. Et c’est bien dommage. Les paysages sont tout de même magnifiques, mais sans vraiment d’encombres et bien trop aménagés. Les journées de marche étaient courtes et une fois arrivé on était un peu bloqués. Dans tous les cas c’est toujours agréable de partir en montagne, ça permet de faire une véritable coupure. Côté photo j’aurai dû emporter un filtre UV pour mon optique. Je perds un peu en qualité à cause des rayonnements UV qui sont très forts en montagne, et les pellicules y sont plus sensibles que les capteurs numériques. Bref l’ongle de mon gros orteil gauche est violet.