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The Premature Burial Tour Part I – No More Waiting

28/04/2016

En Novembre 2015, je suis parti en tournée 10 jours à travers la proche Europe de l’Est avec un groupe de Punk Hardcore : No More Waiting. Le groupe clermontois est composé de quatre membres : Kévin à la batterie, Max à la guitare, Gluon à la basse, et Ptimax au chant.
Lyon – Tavannes – Delemont – Tubingen – Namur – Fontaine-l’évêque – Lille – Angers – Nantes
Un périple de 2600 kilomètres sur 10 journées intenses ponctuées de Punk Rock, pendant lequel je fais le driver, photographe et vidéaste.

Nous partons le 5 Novembre du Raymond Bar à Clermont-Ferrand, QG du groupe clermontois qui répète là bas toutes les semaines. Au petit matin, l’équipe empile le matériel dans le van de location, une sorte de Tetris à échelle humaine. Au Raymond Bar, on nettoie encore les souvenirs de la veille, tandis que je prends quelques photos des préparatifs. J’ai décidé de partir léger, je n’emporte avec moi qu’un boîtier, trois objectifs, un flash et un monopode. Je sais par avance que les lieux seront étroits et qu’il est difficile de se faire discret dans ces concerts. Il est 13h on attend Max qui ne devrait plus tarder.

 

14h, nous partons direction Lyon pour le premier concert au Café des Capucins, place des Capucins donc. Première date dans un café concert, situé sur une place où se trouve aussi une église de scientologie. 17h, le groupe s’installe à l’étage en dessous du bar dans une cave voûtée, après avoir rencontré les organisateurs du concert. La valse quotidienne du matériel commence, on sort la batterie, les amplis, la guitare et la basse. Installé, le groupe fait une rapide balance du son. J’en profite pour repérer les lieux, les différents éclairages, et discuter avec les organisateurs. Il n’y a pas beaucoup de lumière, et le peu qui est disponible se résume à des leds multicolores en contre. Je sais d’avance qu’il va falloir travailler à des vitesses lentes, et des isos élevés et probablement en noir et blanc vu que les couleurs disponibles ne sont pas très flatteuses. Ce sont les difficultés qui vont m’attendre toute la semaine, combinées au fait que je dois filmer et photographier, avec toutes les manipulations que cela implique.

Le concert de No MoreWaiting dure 45 minutes : 3/4 d’heure d’énergie pure. Difficile de trouver les mots pour décrire l’agitation qui se dégage du groupe. Ptimax se jette littéralement au milieu du public éprouvant la moindre de ses paroles. Les chansons sont courtes. A peine la première finie qu’ils enchaînent sur la deuxième. Le basse est forte. C’est assez impressionnant comme l’atmosphère de leurs chansons se décrit dans leur jeu. C’est comme si tout le groupe souffrait du rythme épuisant de leur musique. Une souffrance qui leur semble nécessaire tant c’est un défouloir cathartique. Le concert est fini. Max s’éloigne, et s’assoit plus loin essoufflé et blanc. Le reste du groupe transpire à grosses gouttes et commence déjà à ranger les instruments.

1h du matin, on remet le matériel dans le van, et on part chez l’un des organisateurs qui nous héberge chez lui. L’apéritif se prolonge bien trop tard jusqu’à 6h30 du matin. Ptimax dort déjà depuis longtemps au milieu du salon-chambre. Le reste du groupe, moi compris, « se tire une balle dans le pied » pour le reste de la semaine comme Max le fait remarquer.

Le lendemain est difficile, la nuit a été courte. Dans Lyon, Kévin et moi cherchons une pharmacie afin de trouver des pastilles pour la gorge de Ptimax.
Il est 13h et trois heures et demi de route nous attendent pour rejoindre Tavannes en Suisse. Je conduis dans le calme du van où le reste du groupe dort.
Arrivés dans la nuit à ce qu’il semble être l’adresse que l’on nous a donné, impossible de trouver le lieu en question. On part à la recherche d’une personne capable de nous indiquer où la salle de concert pourrait se trouver. Un peu plus loin nous trouvons un homme entrain de charger des pneus dans sa voiture à côté d’un entrepôt de l’entreprise DPD. On lui demande où se trouve le Bunker Club, et nous répond : « Ici c’est le quartier DPD … (rires) Le Bunker Club est un peu plus haut, mais ça m’étonnerait qu’il soit ouvert je connais bien le propriétaire. » On lui explique les raisons qui nous poussent à croire qu’il est ouvert ce soir, et il rajoute : « Allez voir prendre le chemin là bas plus haut. Je vous dis que c’est fermé, mais en même temps je viens ici tous les tremblements de terre, alors bon … »
On trouve finalement le chemin grâce à Brian, le barman et locataire du bar. L’accueil est des plus chaleureux. Brian nous explique le fonctionnement du lieu : « Faites comme chez vous, mais oubliez pas que c’est chez moi. ». Le propriétaire lui loue le lieu. Il est nommé Bunker Club lorsque le propriétaire organise des soirées. Mais lorsque Brian organise des concerts, le lieu se nomme désormais « La Malscène », un nom que l’on comprendra mieux le lendemain matin. Il loue aussi des parties privées du bâtiment dans lesquels ils se sont installés lui et Mathias en colocation, et dans lesquels on dormira.
Comme chaque soir le matériel s’installe, et le groupe fait des balances rapides. Je continue de discuter avec Brian, et j’ai l’impression de le connaître depuis une dizaine d’années tant la conversation est facile.

Le concert commence, 45 minutes de violence auditive. Il s’arrête comme il a commencé, c’est à dire soudainement. No More Waiting s’est encore déchainé sur scène devant un public conquis. Quelques uns du public achètent des vinyles et discutent avec le groupe pendant qu’ils plient le matériel.
Le lieu se vide, et il reste désormais les habitués, le staff et nous. Le barman Kevin nous offre un verre, et les habitués prennent le contrôle de la musique diffusée. On se serait cru à la maison, mais avec des inconnus. La conversation est facile, et intéressante. Les verres s’enchaînent, et tout le monde danse sur de la musique complètement décalée du concert qu’ils sont venus voir. Max se casse une dent. Les plus courageux terminent leurs derniers verres à 7h du matin dans de longues discussions avec le staff qui nous parle de la musique alternative en Suisse.
Au cours de cette soirée on apprend qu’une salle à quelques kilomètres qui propose des concerts de musique alternative risque de fermer, ce qui est malheureusement monnaie courante pour des lieux comme ça qui sont souvent auto-gérés. La musique alternative n’amasse pas énormément d’entrées contrairement à de la musique plus « populaire ». Ces lieux sont en général en survie, et restent ouverts grâce à la ferveur du public qui fait le déplacement et les groupes qui demandent des cachets modestes.
Brian fait partie des acteurs de la scène alternative locale, malgré un emploi du temps très chargé. Toute la journée, il travaille dans un hôpital psychiatrique, où il se rend à pied tout les jours. Les soirs il s’occupe du bar, de l’organisation des concerts et de l’accueil des groupes. Son attitude positive, et son sourire constant sont assez impressionnants au vu de son quotidien très chargé.

Le lendemain matin, « La Malscène » a pris tout son sens. Max me dit sur le ton de la plaisanterie « Je crois qu’on s’est tiré une balle dans le deuxième pied là … ».

Samedi 7, le concert est prévu à 30 minutes de Tavannes, dans la petite ville de Delemont à la Cave à Mines. C’est un petit lieu original. Situé en plein coeur de la ville, il est lui aussi menacé de fermer compte tenu de la nuisance sonore et du peu de soutien de la municipalité. Les organisateurs de cette date sont très jeunes et nous accueillent comme ils le peuvent avec leurs moyens. On mange des pâtes trop cuites, tandis que les organisateurs se lancent dans une bataille de crêpes. Ce soir là, le public est peu nombreux malgré le fait que l’on soit un samedi. No More Waiting joue quand même avec la même passion que les deux soirs précédents. De mon côté, la soirée a été difficile pour photographier et filmer. Si auparavant la lumière n’était pas excellente, ce soir là je dispose seulement d’un spot led vert en contre, et un gyrophare orange … Il est quasi impossible de tirer quoi que ce soit en photo et en vidéo.

 

Au moment où j’écris cet article La Cave à Mines et La Malscène ont fermés pour les raisons citées au dessus.

A suivre.