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The Premature Burial Tour Part III – No More Waiting

08/11/2017

Mercredi 11 Novembre, nous partons à Lille. 127 kilomètres de goudron nous attendent pour rejoindre en 1h40 le nord de la France. Vu le peu de temps de trajet, on décide d’en profiter pour faire un tour en centre ville. Au final, on peut penser qu’en tournée on voit énormément de villes différentes. Alors qu’en fait la majorité du temps est partagé entre le trajet dans le van et le concert. Dans Lille on erre sans trop savoir où l’on va puisqu’on a pas préparé notre visite. On en profite d’être sur place pour trouver une boutique de musique dans laquelle Kevin achète des baguettes, son stock personnel étant épuisé.

A 18h on arrive à El Diablo, un club rock dans la banlieue Lilloise. Même routine, on sort les amplis, les guitares, la batterie. On fait connaissance avec l’organisation et le lieu en lui même. Kevin est épuisé et s’endort sur une des banquettes de la “loge” des groupes. Comme souvent le repas est végétarien, spaghetti avec sauce au potimarron du jardin. Pendant les balances, je repère les éclairages de scène et les conditions seront difficiles ce soir pour photographier et filmer. Des leds rouges et vertes en plein visage éclaire le groupe … Kévin retourne à la sieste rapidement après les balances, rejoint par Max.

Comme tout les soirs, No More Waiting distribue son set avec une violence égale aux soirs précédents. Les chansons courtes s’enchaînent et chaque jour Ptimax se jette de bord en bord de la scène avec furie. Max a encore des problèmes de guitare, cette fois une corde casse. Gluon et Kevin improvise un peu pour combler l’attente, et ptimax en profite pour remercier l’organisation, parler de la tournée et de l’album. Énervé par les problèmes répétitifs qu’ils rencontrent avec son matériel, Max se venge sur scène et donne toute son énergie dans le set. La frustration engendrée est délivrée telle quelle dans son jeu de scène. Après le concert, et c’est un point que je n’ai pas abordé jusque là, les gars parlent de leur concert du soir. Chaque soir ils débriefent sur les problèmes rencontrés. Ils sont très exigeants avec eux mêmes et leur musique, et le groupe est rarement satisfait de ses performances. Cette tournée est l’occasion pour eux de tester leur album et de voir les points à travailler en répétition pour s’améliorer. Les ayant vu en répétition fréquemment, il y a un léger décalage entre ce qui peut passer physiquement en concert et en répétition. Après une semaine à jouer tout les soirs, certains passages sont plus difficiles que d’autre à assumer physiquement. Parce que l’engagement physique lors des concerts est très important. Ils en ressortent en nage, et bien souvent complètement déboussolés de fatigue.

Le soir nous dormons chez un des organisateurs : Jérémy, qui vit en colocation dans une petite maison avec jardin en banlieue à Lille. Ce soir là on discute un peu plus avec lui, et on apprend qu’il travaille dans une association qui distribue des repas à partir de légumes bio récupérés pour les personnes en besoin . Aujourd’hui El Diablo a fermé ses portes.

Jeudi 12, nous retrouvons la route pour aller à Angers. 550 kilomètres de route passant par la périphérie de Paris que nous avalons en 6 heures dans notre van.  Une fois sur place, on tourne en rond comme à notre habitude pour trouver une place proche du café concert. L’idée est de réduire au maximum le trajet entre le van et le lieu de concert, vu que l’on déplace beaucoup de matériel. Au Café Latin à Angers, Pauline et Joseph, les deux jeunes organisateurs, nous accueillent et nous expliquent le fonctionnement du lieu. Ce soir là No More Waiting joue dans une petite cave en dessous du bar. Des conditions un peu difficile à la fois pour le groupe et moi en photo et vidéo.

Encore une fois, le patron du bar nous explique que les nuisances sonores ne permettent pas au bar de faire énormément de concerts suite à de nombreuses plaintes du voisinage. On parle du fait que dans certaines villes en Allemagne comme à Berlin, les loyers sont plus bas dans les zones festives pour palier à ces nuisances. C’est pourquoi les gens ne se plaignent pas, alors qu’en France ce n’est pas le cas. Alors les voisins se plaignent. Ce soir là NMW partage la scène avec un très jeune groupe local. La plupart de leurs chansons ne sont pas des compositions originales, mais beaucoup de reprises de Muse. C’est un énorme fossé avec le punk hardcore des Clermontois. Très peu de gens sont présents pour le concert. Une personne est venue spécialement pour No More Waiting. Ils donnent une performance égale aux précédentes malgré le manque d’audience. Après le concert, le débriefe habituel s’en suit. Et les gars relativisent sur le groupe avec qui ils ont partagés la scène. Eux aussi ont commencés par des reprises de leurs groupes préférés. Il faut bien faire un premier concert. On profite de la bonne ambiance pour boire quelques bières avec tout le monde, et nous rentrons après avoir remballé le matériel en escaladant les escaliers en colimaçon. Ce soir on dort à la maison parentale de Pauline, l’organisatrice. Et je me retrouve à partager la chambre de sa petite sœur avec ptimax. Drôle de scène. Tout les soirs on se couche par binôme : Kevin et Max, Ptimax et moi, et enfin gluon seul. Une habitude qui aura tenue toute la tournée.

Vendredi 13, dernière date de la tournée. Nous prenons donc la route en direction de Nantes. 92 kilomètres effectués sans encombres en une heure et quart. Sur le trajet, la fatigue se ressent. Même la énième écoute du best-of de Queen ne semble pas réussir à tenir éveiller les quatre compères. Heureusement le trajet est court, et nous arrivons au Floride, salle de concert autogérée de ce soir. Ce lieu fonctionne comme le Raymond Bar de Clermont-Ferrand. Des associations organisent des concerts dans un lieu autogéré par une poignée de braves. Comme chaque soir, le quatuor punk sort ses instruments et s’installe sur scène pour effectuer quelques balances. Un ingé son improvisé s’occupe de la balance des instruments sans vraiment écouter les retours du groupe clermontois. Il s’occupe à la fois du son et de la lumière. Après avoir fait les balances, il s’attele donc à la lumière et habille les projecteurs de gélatines colorés. Du rouge, du orange, du vert, du violet, spottés sur le visage des musiciens. Avec des tirettes, il s’essaye à quelques essais lumineux. L’organisation est un peu bancale. La fatigue n’aidant pas, je suis agacé et frustré des conditions lumières à venir. Bref nous partons manger, No More Waiting fait connaissance avec le reste de l’organisation et du groupe qui partage la scène avec eux ce soir. Je reste dans mon coin, et passe un peu de temps seul dans le van. Pour la première fois de la tournée, j’ai besoin de me retrouver un peu seul.

De retour dans la salle de concert, le premier groupe ouvre le bal et le public est enthousiaste. Ensuite vient No More Waiting pour sa dernière date de la tournée. Max a encore des soucis de guitare, une corde casse. Gluon comble le vide en improvisant à la basse. Ptimax en profite aussi pour remercier comme chaque soir l’organisation et le public qui est là. La corde est réparée. Les titres s’enchaînent devant un public motivé et friand du punk des Clermontois. Il y a malgré tout un décalage de style entre le groupe et les spectateurs. Une fois le concert terminé, on remonte dans les quartiers réservés aux groupes et comme chaque soir un débriefe s’impose. Notre hôte de ce soir nous fait part de son intention d’organiser une petite fête avec ses amis chez lui ce soir. Le voyant un peu éméché et nous fatigués, on prend la décision de reprendre la route le soir même pour rentrer à Clermont-Ferrand. Une fois le matériel rangé et les aurevoirs faits nous partons à minuit pour 550 kilomètres à travers la nuit dans notre van. Le trajet est long et la brume épaisse ce soir là. Le best-of de Queen ne suffit toujours pas à tenir les quatre musiciens éveillés. Tour à tour ils me tiennent compagnie lors de ce trajet d’à peu près six heures. Sur le trajet je fais des pauses fréquemment pour un café ou faire le plein. A une station service, la radio nous donne les informations de ce jour. Il y a eu un attentat à Paris pendant un concert des Eagles of Death Metal au Bataclan. Peu d’informations pour l’instant. On continue le trajet jusqu’à Clermont-Ferrand dans la brume épaisse pour arriver au petit matin au Raymond Bar vers 6h du matin. On sort une dernière fois le matériel du van pour le ranger au local de répétition. Et chacun rentre se coucher.

Ces neufs jours furent intenses. En photo et en vidéo les conditions étaient difficiles la majorité du temps. Je n’avais pas emmené d’ordinateur portable pour ne pas me charger. Alors j’ai dû me limiter au 136 gigas que me permettaient mes cartes mémoires, ce qui m’a appris à être plus sélectif dans ma prise de vue. J’ai pris beaucoup de photos au téléphone (galerie ci dessous), et c’est une première pour moi. C’était assez pratique de pouvoir être réellement discret. Je pense que la prochaine fois par contre je partirai un peu moins léger pour avoir l’esprit moins contraint par les limitations techniques. L’élément le plus pénible à transporter pendant ce périple était mon trépied, un monopode aurait peut-être été plus judicieux à la fois pour la discrétion et la praticité. Bref j’ai pas mal appris de cette tournée.

Côté musique alternative, la scène est fébrile. Les lieux sont fermés les uns après les autres, souvent à cause des nuisances sonores et d’une organisation avec peu de moyens. En France les lieux autogérés comme le Raymond Bar se font rares, c’est bien dommage. Les groupes et les organisateurs sont pourtant extrêmement motivés à faire vivre leur musique. Chaque année No More Waiting part en tournée et donne son maximum sur scène que ce soit devant plusieurs centaines de personnes un samedi soir ou trois un lundi. Ils ne font pas de profits, comme la plupart des groupes alternatifs en tournée. Je profite de cet article pour remercier tous ceux qui m’ont logés, nourris, blanchis durant cette tournée, et bien sûr Ptimax, Max, Kevin et Gluon.

« Show must go on ! »